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LA MINIATURE PERSANNE



Extraits de "La peinture persane ou La vision paradisiaque" de Patrick Ringgenberg



                                                        RIEN N'EST BEAU SANS LA BEAUTE DIVINE




La miniature rappelle que tout art devrait être un miroir tourné vers Dieu, et montrer dans son reflet la trace d'un regard porté par Dieu sur l'homme. La peinture persane ne relève rien de l'Essence divine, aucun art et aucune philosophie ne le pourraient, sous peine d'imposture. Elle signale pourtant  la présence d'un paradis spirituel, tout comme la lune témoigne du soleil ; et ce paradis, s'il n'est pas la Réalité dernière, est tout de même une étape d'un pèlerinage dans l'échelle de la transcendance.



Le principe de la miniature est une sorte de paradis des images. Elle s'ouvre sur un lieu non terrestre, où toutes les beautés à l'origine de nos harmonies apparaissent comme des formes suprasensibles, beaucoup plus animées et pures que les phénomènes concrets, et bien plus vraies et conscientes que les rêves.

Ce monde n'est pas irréel, bien qu'il ne soit pas atteignable par la raison et les sens. Sa réalité correspond à un type de paradis posthume et au jardin d'Adam, au cosmos spirituel de la première humanité. C'est cette terre céleste, qui n'est pas invisible comme le monde angélique, mais qui n'est pas matérielle comme notre terre humaine, que symbolise la peinture persane.


La peinture persane souhaite rendre compte d'une intelligence spirituelle qui dépasse la raison, et que rien ne peut exprimer, sinon des symboles poétiques ou visuels. En montrant une lumière invisible au sens et insaisissable par la raison, elle suggère le contenu d'une vision contemplative qui ne peut appartenir aux rationalistes ou aux mondains, mais uniquement aux spirituels.



La luminosité picturale de cet art, révèle à la fois une lumière surnaturelle et la lumière de l'âme qui la contemple. En cela, la miniature rejoint la fonction de tout art sacré.

"Dieu est la lumière des cieux et de la terre" et Il est "lumière sur lumière" (Coran XXIV, 35). Ces formules sont à prendre au sens littéral et symbolique : la lumière est à la fois l'aspect invisible que prend Dieu dans l'âme et elle est aussi le symbole de la Réalité en soi, qui dépasse toute luminosité et toute conception humaine de la lumière. Or la Lumière divine est comme l'Essence, elle ne se différencie pas par des ombres, mais par des variations d'intensité ou de rayonnement. L'unité de la Lumière divine est partout identique : Dieu est la lumière omniprésente de tout ce qui est. C'est la raison pour laquelle la miniature ne présente pas d'ombres ; La peinture persane ne traduit pas les effets terrestres de la lumière, mais une ontologie de la lumière.

Si la miniature peut représenter une lumière intelligible, cette représentation implique que l'homme possède une faculté capable de la voir.

Peinte à la gouache sur papier, enclose dans de précieux manuscrits copiés à la main, elle est une oeuvre collective : au sein d'ateliers très organisés, le calligraphe, le peintre, l'enlumineur et le relieur s'unissent pour écrire et illustrer les chefs-d'oeuvre littéraires de la Perse musulmane.



Copyright © 2010. Tous droits réservés.date dernière publication dimanche 1 août 2010    www.iconesetminiatures.com